lundi 26 février 2018

Lettre ouverte des Algériennes à la presse Française

Nous sommes citoyennes Algériennes...
La page Facebook les Algériennes dont nous sommes les administrateurs, femmes et hommes vivants en Algérie, militons contre l'obscurantisme religieux qui ostracise les femmes, pour la laïcité, pour l’égalité entre les hommes et les femmes, pour que la société Algérienne puisse avoir son siècle des lumières, qu’elle puisse un jour vivre libre de ses pensées et de ses croyances. 
Nous ne sommes pas une page féministe, nous souhaitons que vivent en harmonie les hommes et les femmes, que chacun avance avec l’autre et construise un futur apaisé pour nos enfants afin qu’ils puissent un jour être fiers de leur Algérianité. Nous ne sommes pas arabes, nous sommes citoyennes Algériens, notre identité est Algérienne, notre culture est Algérienne et non arabe. 
Il ne s’agit point ici de revendications racistes, mais d’un refus d’assimilation à une culture qui n’est pas la nôtre, au refus de voir disparaître notre patrimoine culturel, au refus de voir dissoudre notre identité.
Si les Français refusent d’être sarrasins, souffrez que nous ayons la même volonté.
Nous sommes apostrophés chaque jour par ce discours islamiste mou dans la société française, qui lui seul semble avoir une tribune permanente dans la presse.
Nous avons été profondément heurtés dans nos consciences lorsque nous avons pu lire au matin qu’une ancienne Ministre de la République Française, laïque et démocratique, finissait de victimiser
une jeune fille voilée et exclue d’une émission de radio crochet pour des propos islamistes.
Oui, ses propos sont des propos issus de l’islam radical dont nous subissons les conséquences chaque jour dans nos chaires et nos consciences.
Madame Taubira qui par le passé n’a pas hésité à enterrer les ravages de la traite arabo-musulmane en Afrique noire, n’hésite pas aujourd’hui à flatter les islamistes qui aujourd’hui vont avoir un outil marketing incomparable, puisque la jeune fille en question va produire un album dont la promotion s’appuiera sur l’islamophobie.

Nous sommes de religion musulmane, nous sommes contre l’islamisme, serons-nous aussi traités d’islamophobe ? Nous rejetons immédiatement le discours hypocrite du c’est pas ça l’islam.
Si l’islam prôné par les salafistes c’est aussi l’islam, c’est un islam qu’il faut bannir, châtier, anéantir.
Ceux qui parlent d'islamophobie sont en premier lieu les islamistes, racistes, xénophobes, qui n’ont que pour conscience la haine de l’autre, l’animalisation de la femme, objet sexuel doté de la plus grande lubricité, qui faut voiler, faire taire, violer, humilier.

Chaque jour nous recevons des messages de détresse, de femmes battues toute la nuit, qui vont au commissariat, qui les renvoie avec leur détresse au tribunal qui tranchera en faveur de l’homme. Nous recevons régulièrement des messages de jeunes femmes dont certaines parlent de se suicider parce qu’elles ont perdu leur hymen hors mariage. 
Des femmes se font insulter parce qu’elles ne portent pas le voile, certaines sont menacées de mort par leur propre famille si elles ne portent pas le voile, d’autres sont violées parce qu’elles ne portent pas le voile. Les femmes violées sont obligées de se marier avec leur bourreau, des mineurs sont mariées de force.
Les athées sont pourchassés, les dissidents de la pensée radicale sont inquiétés par la police. Ceci est la réalité de la vie quotidienne des Algériens, et de tout ceci vous n’en faite jamais état, non vous victimisez les porteurs de messages islamistes, vous leur offrez de larges tribunes.
Comment le pays des droits de l’homme peut-il traiter Tariq Ramadan d’intellectuel ? Est-ce à dire que vous asseyez Tariq Ramandan aux côtés de Rousseau, Bergson, Arendt.
Non, ceci ne peut être supportable, Tariq Ramadan est un frère musulman, il prône un islam radical, il fait de la femme un animal, des autres croyances des animaux qu’il faut égorger, il est notre bourreau, et votre souhait est que nous adoubions notre bourreau, que nous le considérions comme un intellectuel sans malices qui porte la bonne parole.

Nous sommes Kaméliens
Kamel Daoud EST un intellectuel, nous sommes Kaméliens dans l’âme, nous refusons cette arabité que l’on nous fait subir, nous refusons cet intégrisme religieux qui nous opprime, nous tue, nous viole nos consciences et nos corps.
Nous qui avons subi la décennie noire, qui avons vu nos frères se faire massacrer par les islamistes,
nous ne pouvons supporter de voir nos bourreaux d’hier se pavaner et glouglouter sans cesse dans la presse sans qu’il n’y ait un débat contradictoire.
Notre page qui comptait plus 500 000 vues, 60 000 abonnés a été supprimée par Facebook sous la pression répétée des islamistes. D’autres pages créées par des femmes ont connu le même sort. Qui a évoqué un jour cette censure ? Personne.
Que l’on censure des gens qui prône la laïcité, le respect, qui se positionne contre les islamistes n’intéresse personne.
Mais tout le monde s’insurge que l’on exclue d’une émission une jeune femme qui porte un discours radical. S’il existe des musulmans laïques, qui prônent une pratique de la religion qui doit rester dans l’intime. 
S’il y a des Algériens profondément laïques, des athées, des chrétiens, des juifs, des agnostiques qui veulent vivre ensemble et en paix, et laisser le fait religieux à l’entrée de leur demeure.
S’il y a des croyants qui respectent les femmes, qui sont contre le voile, pour l’égalité entre les hommes et les femmes, qui sont respectueux des autres, profondément pacifistes, qui ne passe pas leur temps à regarder en arrière, qui sont choqués et bouleversés qu’un pays détruise des écoles pour construire des mosquées.
Nous voulons aussi que ces voix soient portées, nous souhaitons aussi qu’ils aient leur tribune, nous souhaitons aussi qu’ils apparaissent dans les débats publics.  En leur donnant la parole, en leur laissant la possibilité d’exprimer leur pensées, leurs souhaits, vous verrez que vous couperez les arguments des extrémistes politiques, car oui, des algériens sont intégrés dans d’autres pays, et sont profondément meurtris dans leur âme quand ils voient les bourreaux qu’ils ont fui hier, passer de média en média pour répandre leur haine.

Les Algériennes

Facebook : @touteslesalgériennes

mercredi 14 février 2018

Je suis laïque…

Pourquoi j’ai signé l’appel ? Parce que je suis laïque.

Et Pourquoi je suis laïque et comment je suis laïque ?

La question n’est pas simple. Et pourtant la réponse n’est pas compliquée.
Je suis laïque parce que j’ai vu de très près, dans les années 1980 et 1990, les ravages que provoque la religion lorsqu’elle sert de combustible à une occupation totalitaire du terrain politique.
Je suis laïque parce que j’ai vu des jeunes en déshérence manipulés par des sergents recruteurs, les poches pleines de dollars des pétromonarchies wahhabites, devenir des machines à tuer au nom d’une épuration morale basée sur un usage hermétique et exclusif du fait religieux.
Je suis laïque parce que j’ai vu, en Algérie et dans de nombreux pays où l’islam est religion d’Etat, des politiques, des dirigeants jouer avec le feu de la religion avant de se faire ingérer, et devenir eux-mêmes les plus dangereux des pyromanes. 
Je suis laïque par fidélité à la mémoire et au combat de mes amis victimes de l’islamisme, j’allais dire des islamismes, car je pense à l’islamisme réel, visible, et à l’islamisme masqué, celui-là-même que certains gouvernements utilisent pour se débarrasser de certains de ses opposants. 
Je suis laïque non pas par posture intellectuelle mais parce que, né « musulman sociologique » pour reprendre l’expression de Maxime Rodinson, je veux être défini à partir de mon appartenance et de mon engagement citoyen. 
Je suis laïque, en fait, parce que je ne veux être caractérisé ni par ma religion, ni par mes origines ethniques.
Je suis laïque parce que j’ai envie d’être libre dans l’expression de mes opinions et que si je respecte le sacré, il n’y a cependant aucune raison pour que je l’adore. 
Je suis laïque par goût de la liberté, celle des autres, la mienne. Toutes les libertés : démocratique, citoyenne, d’expression, de confession. 
Je suis laïque car, quand je suis arrivé en France en 1993 chassé de chez moi
précisément par l’islamisme, j’ai été outré de voir que la République de la loi de 1905 offrait alors plus et mieux d’asile aux islamistes venus recharger leurs accus après leurs crimes, qu’aux laïques, leurs victimes.
Je suis laïque parce que je n’ai jamais compris pourquoi certains de mes amis de gauche, en France, me disaient en toute bonne foi, sans mauvais jeux de mot, que la laïcité hors de France était un pâle mimétisme. Et que par conséquent, au nom d’un relativisme culturel fatal, il nous fallait en Algérie accepter une république islamiste. 
Je suis laïque parce que je ne veux pas qu’en raison de mon prénom et de mon patronyme-à-consonance, on me somme, chaque fois que le terrorisme frappe, de dénoncer les extrémistes islamistes. Comme si du seul fait que je m’appelle Arezki, je suis comptable de l’islam, de l’islamisme, du terrorisme…
Je suis laïque parce qu’un jour, dans une réception avec mes amis de gauche, j’ai refusé de prendre un verre de vin parce que j’avais sans doute trop bu la veille, on me décoche la flèche essentialisante : « Tu ne bois pas à cause de l’Islam ? ».
Je suis laïque parce que je ne veux pas que se reproduise l’incident qui est arrivé à un de mes amis, qui porte lui aussi un nom-à- consonance et qui a le fasciés qui va avec, qui, un jour de ramadan, a été menacé par des jeunes à Montreuil parce qu’il avait un sandwich a la main…
Je suis laïque parce que je ne veux pas être assigné a une identité essentialisée, et péjorée, ni ici ni ailleurs et où que je sois, je voudrais être un citoyen, et rien qu’un citoyen, sans aucun complément d’objet direct ou indirect…
Je suis laïque car, ici, mon patronyme laisse penser forcément que je suis trop musulman et que ce n’est pas bien et qu’en Algérie je ne le suis pas assez et c’est pire…
Je suis laïque parce que, militant dans une association laïque, je suis dubitatif de voir qu’on nous prive de subventions et qu’on se précipite pour cajoler a coups de largesses électoralistes des associations qui ne cachent pas leur contenu communautariste et religieux.
Je suis laïque parce qu’une nation, une société, ne se définit pas par des croyances religieuses mais par un projet commun et la volonté de vivre ensemble dans des règles claires qui respectent les droits de chacun et impose les mêmes devoirs a tous.
Je suis laïque car je constate, sans aucune difficulté, que ce sont les milieux les plus socialement défavorisés qui sont exposés à subir les injustices sociales mais aussi à l’exploitation des frustrations sociales les Vendeurs de Paradis. 
Je suis laïque parce que … Je peux continuer comme ça longtemps….
Je suis laïque tout simplement parce que je suis pour la justice sociale et que sans la laïcité, elle ne peut pas s’accomplir. 
Arezki Metref
Courtoisie de l’auteur.
Paris, samedi 10 février 2018.